La Discothèque Idéale
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PRINCE / 04-07-2001

 
 Quelle femme ne s'est jamais rêvé princesse ? laquelle d'entre vous, mesdemoiselles mesdames, ne s'est-elle imaginée, réveillée de ce rêve qu'est la vie, par le doux baiser du prince charmant? Some day my prince will come... Comment vous en vouloir bercée depuis tant et tant d'années par Andersen, Walt Disney et la voix déchirante de Billie Holiday ? Comment nous en vouloir de ne pas être à la hauteur de ce mythe impossible ? c'est donc du prince charmant que nous parlerons aujourd'hui ou du moins de son état premier : le crapaud.

Ah.... le crapaud, drôle de bête tout de même, pensera l'homme, symbole depuis la nuit des temps de laideur et de maladresse, ingrédient obligatoire de toutes les recettes de sorcières.

Annonciateur des pluies et fort apprécié au Vietnam, il y est aussi symbole de succès. Plus prés de nous, le crapaud figure comme symbole royal sur l'étendard de Clovis.

Batracien, sa bave n'en atteint pas pour autant la blanche colombe (faut-il encore trouver la blanche colombe, ce qui ne cours pas non plus les rues).

Le crapaud, jean Rostand nous en rappelle la légende :

"Il tète les vaches, il fait tourner le vin, il pille les nids d'oiseau, il dévaste les ruches, il a le mauvais œil, charme les gens et les bêtes ; il périt si on le regarde trop fixement ; il donne la rage aux chiens par son écume ; son souffle est venimeux, il souille et empoisonne tout ce qu'il touche."

Dans le genre bufo, qui comprend environ 200 espèces différentes réparties sur la plupart des continents, nous n'en citerons que deux parce qu'ils figurent désormais sur la liste des vertébrés en voie d'extinction en France. "Bufo bufo", le plus commun, de taille moyenne ( 10 cm de long pour le mâle, 13 cm pour la femelle), de coloration brune, grisâtre, parfois olivâtre. Et le crapaud vert "bufo viridis", plus petit et plus élancé. Déjà, on ne le rencontre plus en Corse ou en Alsace. Victime comme tous ces cousins bufonidés des accidents de la route qui les fauchent par centaines lors de leur migration. (alors qu'il suffit de regarder à gauche et à droite avant de traverser comme tout le monde le sait).

Ainsi le crapaud migre. Au début du printemps, il songe à l'amour et sort de sa retraite hivernale. Pour cet amphibien essentiellement terrestre, le temps est venu de se mettre à l'eau dont il a besoin pour se reproduire. Ce sont les grandes migrations vers les mares et les étangs ou convergent parfois des milliers de batraciens. Mais le crapaud ne s'accouplera que si la marre natale est encore là. Si cette mare où il est venu au monde a disparu, il sera incapable d'en trouver une autre, fut-elle distante de 200 mètres. (Pas futé quand même…).

Le but du voyage atteint fin mars ou début avril, l'accouplement peut avoir lieu. ( Nous ne rentrerons pas dans les détails, on n'est pas non plus sur M6...)

L'étreinte achevée, les œufs sont déposés dans l'eau par milliers. Quinze jours plus tard, c'est l'éclosion des têtards qui passeront en deux mois de 1cm à 4 cm lors de la vague de migration inverse.

S'ils y parviennent, car outre les accidents de la route, les amphibiens sont exposés à un danger encore bien plus grave.

Eux qui, apparus il y a 350 millions d'années, ont vu naître et mourir les dinosaures, eux qui furent les premiers à marcher sur la terre ferme, inventant du même coup la patte et le poumon, les voilà désormais condamnés à voir leur population diminuer régulièrement.

Selon une étude publiée dans "Nature" menée sur un demi-siècle par plus de 200 chercheurs dans 37 pays différents, les populations d'amphibiens auraient chuté de 4 à 5 % par année en moyenne et depuis 40 ans. Sur les 936 espèces étudiées, 61 ont complètement disparu.

Crapaud, grenouille et salamandre sont menacés d'extinction. Le coupable principal semble être un champignon microscopique Batrachochytrium dendrobatidis qui s'attaque à la kératine contenue dans les peaux des amphibiens et les étouffe. Mais cet organisme existe depuis la nuit des temps et jusqu'alors il ne tuait pas les vertébrés. Que s'est-il passé ?

A-t-il muté? ses victimes ont elles devenues plus vulnérables?

Très sensibles aux pollutions, les batraciens sont considérés comme des micros capteurs de notre environnement. Visiblement, il sont en train de le payer de leur vie. En mourrant, les batraciens nous lance un message qui n'est pas nouveau mais qu'il n'est jamais inutile de répéter : les changements climatiques, les pluies acides, les rayonnements ultraviolets, toutes les pollutions de toutes sortes sont en plein essor et si l'on en croit les grenouilles, ce n'est pas une bonne nouvelle.

L'homme se rappelle de la grenouille qui était, lorsqu'il était petit, un "indicateur météo" que personne ne mettait en doute. Peut-être devrait-on l'écouter une dernière fois avant qu'elle ne disparaisse quand la grenouille nous parle dans son agonie de la pollution.

L'homme pense déjà au jour où les enfants ne sauront plus reconnaître les grenouilles et les crapauds et qu'il faudra faire appel à M. Spielberg et consort pour pouvoir avoir une belle grenouille à l'image.

Pendant qu'il est encore temps, regardez donc les grenouilles, les têtards et les crapauds. Mais savez vous comment on reconnaît une grenouille d'un crapaud ? 

Si vous surprenez un batracien qui a la démarche pataude, s'il présente une silhouette trapue et une peau verruqueuse, s'il reste sur le sol et ne saute pas, il s'agit à coup sûr d'un crapaud. La grenouille, elle, agile et colorée, vit essentiellement dans l'eau, sa peau est lisse, humide et luisante, sa silhouette est élancée et ses sauts sont légendaires. L'homme, pêché de gourmandise oblige, ne peut en terminer là sans vous vanter les cuisses de la dite grenouille quand elles sont bien préparées.

Avoir envie de manger des cuisses de grenouilles peut-il être une bonne raison de se lever le matin ? L'homme laissera cette question à l'appréciation de chacun. Réfléchir au message que nous envoient dans un dernier cri nos amis batraciens, se dire qu'il va bien falloir agir au lieu de réfléchir, c'est, il n'y a pas de doute à avoir, une bonne raison de se lever le matin.

 

 

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