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La Discothèque Idéale | ||
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Donner, c'est donner, reprendre c'est voler.
Mais prêter ? Est ce que c'est seulement prêter ? À en croire la Société des Gens de Lettres et le syndicat des Éditeurs, l'affaire ne serait pas si simple. Catherine Tasca, fraîchement arrivée au Ministère de la Culture, vient de recevoir une pétition contre le prêt gratuit des livres dans les bibliothèques. Les signataires ? 288 noms dont deux prix Nobel, plus d'une dizaine de Goncourt, 288 écrivains célèbres et moins célèbres, de gauche, de droite, du centre, avec et sans talent. L'homme, qui découvre les noms, en reste bouche bée et bien déçu, découvre sur cette liste de signataires des noms d'écrivains qu'il aime et qu'il respecte. Là, au milieu des insupportables, des habitués de ce genre de pétitions, le nom d'un écrivain que l'homme aime lire, le nom d'un autre qu'il adore. Faire payer le prix d'un livre ? L'homme, qui sait depuis longtemps que plus grande chose n'est gratuit en ce beau monde, n'en secoue pas moins la tête. Jérôme Lindon, "père" de la loi Lang sur les prix du livre argumente :"En vingt ans, le nombre des prêts dans les bibliothèques à triplé pour atteindre 154 millions en 1998. C'est plus de la moitié des ventes de livres (300 millions)". Certes, se dit l'homme, mais c'est d'abord une bonne nouvelle. Pour la lecture s'entend. Les gens lisent, c'est bien. Et puis un livre de bibliothèque, il a été payé après tout. La lecture n'est pas morte, les maisons d'éditions non plus et les écrivains ont encore assez d'encre pour signer des pétitions absurdes. Et puis ce chiffre de prêt de livres qui ont triplés, M. Jérome Lindon n'a peut être pas pensé à le mettre en regard d'un autre chiffre qui lui aussi a triplé en vingt ans: celui des chômeurs. Ah je les entends déjà, comme le chantait le grand Jacques, on ne va quand même pas faire rimer chômeurs et auteurs quand même? Non. Faisons payer 5 F par livre prêté (50 % pour l'auteur et 50 % pour l'éditeur) et les plus pauvres lirons moins ou ne liront plus. D'ailleurs, qui écrit pour être lu par un chômeur ou par un pauvre ? Tous ces gens de lettres, ces honorables ont l'air de peu se soucier de leurs lecteurs, leurs 6 millions et demi de lecteurs comme de leur premier stylo. Ne parlons même pas des 2000 bibliothèques municipales, les 96 bibliothèques départementales, les 88 bibliothèques universitaires. Et l'homme de lire à voix haute la liste des 288 signataires en secouant la tête. Déçu à chaque nom familier dont il se sentait déjà proche au hasard d'une lecture. Pauvres écrivains, pauvres gens de lettres qui valent bien moins que leurs livres, qui ne sont même pas à la hauteur de leurs pages. |
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