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La Discothèque Idéale | ||
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CENSURE /
11-02-2002 | ||
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L'homme, qui lorsqu'il est averti en vaut deux,
essaye de s'informer régulièrement. Une tache qui devient de plus en
plus difficile ces derniers temps.
Le parquet de Paris a requis une amende contre un journaliste à la demande de l'Aérospatiale Matra, le magazine "Air et Cosmos" est boycotté par Dassault, les reportages gênants sur l'Oréal sont censurés sur M6, un livre a été censuré et interdit de parution juste avant la privation du Crédit Argicole… Bref, la démocratie et la liberté de la presse avancent à grands pas dans l'Hexagone. Ce mercredi 13 février, le tribunal correctionnel de Paris dira si, oui ou non, le journaliste Hubert Levet est coupable. Le parquet à requis à son encontre une amende de 1000 euros à la suite de la plainte d'Aérospatiale Matra (aujourd'hui EADS) qui lui reproche d'avoir publié ses mauvais résultats dans le quotidien économique Agefi. Faut dire aussi, quelle drôle d'idée d'écrire la vérité. Sans aller jusqu'à en appeler à la justice, les entreprises font de plus en plus souvent passer des "messages " aux journalistes. Par le boycott, par exemple. Agacé par un article d'Air et Cosmos révélant les déboires du Rafale peu de temps avant un salon Aéronautique en Corée, Charles Edelstenne, le PDG de Dassault Aviation, refuse désormais les journalistes de l'hebdomadaire aux exercices en vol et conférences de presse. Et voilà, punis, privés de dessert. Il y a quelques années, le PDG de Bull était parvenu à ses fins grâce au chantage. Après un article dans Usine Nouvelle mettant en cause sa gestion, il avait menacé d'annuler toutes les publicités dans l'ensemble des journaux du groupe Havas, ce qui représentait un manque à gagner de plusieurs millions de francs. Un arrangement à l'amiable fut trouvé, quelques semaines plus tard, Usine Nouvelle titrait sur une longue interview dudit PDG. Comme quoi, tout s'arrange toujours entre gens de bonnes compagnies. La censure avance aussi dans les télés. Ainsi, à M6, les industriels n'ont plus grand chose à faire. Depuis l'affaire D'afflelou, qui avait annulé son contrat publicitaire à cause d'un sujet déplaisant dans le magazine Capital, les dirigeants de la chaîne font régulièrement des coupes dans les reportages qui pourraient fâcher. Ainsi, l'émission Capital du 16 décembre qui dénonçait les arnaques à l'euros a-t-elle été amputée des passages les plus intéressants. Ceux où l'on apprenait que l'Oréal avait augmenté les tarifs de ses shampoings de 18 %. Le directeur de l'information, Philippe Labi, se justifie par une phrase qui ne s'invente pas : "Quand on est journaliste, on doit être responsable, ne pas scier la branche sur laquelle on est assis. Ce sont les annonceurs qui nous font vivre". Owens Jones directeur de l'information en quelque sorte. On n'est pas loin du contrôle de l'information sous le Général de Gaules. La liberté de la presse, quoi. Encore plus inquiétant, on annonce sur Paris et Marseille des journaux gratuits entièrement financés par la pub. Les recettes traditionnelles pourraient chuter de 10 % estime Michel Diard, secrétaire général du syndicat de journalistes SNJ-CGT. La presse se fragilise et se raréfie, l'information est de plus en plus conditionnée. Tout va très bien, madame la marquise. C'est tellement plus facile quand on dit et que l'on écrit ce qu'il faut penser. Et puis surtout, cela évite de réfléchir. Ne reste plus qu'à continuer d'acheter et de lire le Canard Enchaîné et Charlie Hebdo, ce qui devient presque ces derniers temps un acte citoyen. Ne pas croire systématiquement ce que l'on lit, ni ce que l'on dit, essayer de défendre la liberté de la presse, humblement, en achetant le Canard et Charlie tous les mercredis, cela peut-être une bonne raison parmi d'autres de se lever le matin. |
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