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La Discothèque Idéale | ||
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G 8 ? Touché ! /
20-07-2001 | ||
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Touché !
1 mort, 4 à 500 blessés. Carlo Giuliani, 23 ans, est mort de deux balles tirées par un carabinier dont une qu'il a prise dans la tête. On parle de meneurs, policiers casseurs, infiltrés parmi les manifestants… Allons donc, on n'est pas en France en 1968 quand même. Les accords de Kyoto ne sont toujours pas ratifiés par les Etats-unis qui sont responsables à 36 % de l'effet de serre. 1,2 milliard de dollars a été voté contre le paludisme, la tuberculose et le sida. Les pays du Tiers-Monde n'ont pas intérêt à ce que les trois maladies se réveillent en même temps... L'homme notera avec intérêt les différentes approches du même événement : Selon le Monde : un fossé sanglant. Selon le Figaro : les huit assiégés. Indépendance de la presse. Et pourquoi le G8 pas pris en otage ? Tout cela était prévisible, tellement prévisible. Où il y a de la Gêne, il n'y a pas que du plaisir du moins pour les pays de tiers-monde, il y a aussi de l'usure. De l'usure, car ils n'en peuvent plus, et de l'usure, ce fameux sport, le favori des pays du G8. La dette des pays en voie de développement (euphémisme pour désigner ceux qui ne font pas partie du G8 et qui ne sont pas près d'en faire partie) est passée de 62,7 milliards de dollars en 1970 à 2572,7 milliards de dollars en 2000. (Ces chiffres sont vrais hélas). Quand même, ils ne sont pas raisonnables ces pays pauvres à s'endetter comme ça ! Il faut s'avoir que les pays pauvres s'endettent pour deux raisons principales. La première, afin de permettre aux dictateurs locaux de vivre décemment. La deuxième, pour répondre aux exigences du Fond Monétaire International et de la Banque Mondiale dont la devise est : je ne veux voir qu'une économie globale. Résultat, dans la moitié des pays en voie des pays du tiers-monde, la moitié des dépenses publiques sert à rembourser la dette. Grands seigneurs, cette année, les pays riches ont décidé d'effacer 100 milliards de dollars, soit une ristourne de 0,5 %. (On ne rit pas au fond S.V.P) Les usuriers, eux, ne se pressent pas de rembourser leurs propres dettes. Les Etats-Unis doivent 1,9 milliards de dollars à l'ONU, le japon 367 millions, l'Allemagne 200 millions, et la France 124 millions. Tous les membres du G8 ont un solde débiteur auprès des Nations Unies. Mais continuons de comparer certains chiffres, d'après la Banque Mondiale, en 1998, la dette des pays du Sud est égale à 2030 milliards de dollars (6 % des dettes mondiales), pas plus que la dette du Japon (2000 milliards), beaucoup moins que la dette publique des Etats-Unis (5000 milliards) ou la dette des ménages américains (6000 milliards). L'homme fait une pause et se rappelle la somme votée pour lutter contre le paludisme, la tuberculose et le sida: 1,2 milliard de dollars. Ah oui, c'est bien ça. Le seul problème, c'est que le Sud est plus populeux et plus pauvre que le Nord. Comment est ce que l'on en est arrivé là ? Petit résumé : Les banques du sud fourguent à bas taux d'intérêt des milliards aux pays en voie de développement : De 1968 à 1980, la dette publique des pays du tiers-monde est multipliée par 12. En 1982, panique ! Les Mexicains, endettés jusqu'au cou disent stop, les banquiers du nord froncent les sourcils. Les gouvernements interviennent pour assurer des "filets de sécurité" aux banques via les contribuables. Les banques du Nord provisionnent des créances douteuses. Au même moment, Thatcher et Reagan triomphent : Le monde bascule vers le Capital, les taux d'intérêt explosent. Effet boule-de-neige oblige, les pays du tiers-monde commence à emprunter pour rembourser les emprunts. Mais plus ils empruntent, plus les emprunts coûtent cher, d'où encore plus d'emprunts. Depuis 1998, les deux tiers de la dette contractés par L'Afrique Subsaharienne sont liés aux intérêts des emprunts antérieurs. L'homme reste et restera pensif devant tous ces chiffres. Revenant à Gênes, l'homme ne peut s'empêcher de se dire que, tout de même un pas, a été franchi avec cette balle mortelle. Peut-être est-il temps de s'interroger sur les conditions d'organisation de ces rencontres et sur l'ampleur des protestations contre la Mondialisation ? Il faudra bien, une fois, s'interroger sur le sens que l'on donne au maintien de l'ordre ? Depuis quand tire-t-on sur des manifestants ? Il ne suffira pas, la prochaine fois, d'avoir le mot juste et, juste le mot d'ailleurs, comme l'a fait Jacques Chirac soulignant que des dizaines de milliers de personnes ne se dérangent pas "s'il n'y a pas quelque chose qui a mobilisé leur cœur et leur esprit". L'homme pense à tous ces manifestants et à tous leurs sympathisants et qui, faute d'être à Gênes, partagent leur inquiétude. L'homme, qui ne croit pas au hasard, relisait, il n'y a pas longtemps, ce passage fameux de "l'Aiglon" de Rostand : "Et nous, les petits, les obscurs, les sans grades Nous qui marchions fourbus, blessés, crottés, malades Sans espoir de duchés, ni de dotations ; Nous qui marchions toujours et jamais n'avancions ; Trop simple ou trop gueux pour que l'espoir nous berne De ce fameux bâton qu'on a dans sa giberne..." Il faudra bien un jour prendre en compte et écouter ceux qui, sans espoir de duchés ni de dotations, n'ont rien à perdre si ce n'est leur conviction. Car leurs convictions avancent, eux continuent de marcher et leurs convictions se répandent. Comment rester insensible à ceux qui se préoccupent de ce qui devrait nous paraître fondamental, essentiel? Ce dont l'homme et ses semblables n'ont "pas le temps de s'occuper, car trop occupés". L'homme et ses semblables trop occupés à "toujours marcher et ne jamais avancer". Ceux que l'on nomme les grands acteurs économiques devraient prêter plus d'attention aux doutes des seconds rôles sur le scénario de ce qui est, en fin de compte, leur futur. L'homme se couchera sceptique ce soir. Mais il se lèvera, avec l'espoir peut être naïf, que rien n'est jamais écrit à l'avance. Qu'il y a, qu'il doit toujours y avoir, quelque chose à faire comme nous l'enseigna jadis Jean-Pierre. Oui, il y a toujours quelque chose à faire. |
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