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RENCONTRE /
27-07-2001 | ||
" A toutes les femmes qu'on aime
Pendant quelques instants secrets A celle que l'on connaît à peine, Qu'un destin différent entraîne Et qu'on ne retrouve jamais." ( Les passantes d'Antoine Pol ) Ah, la jolie passante, se disait l'homme, dernièrement, en terrasse, si j'osais... Ah les passantes, si joliment chantées par Georges Brassens, ces rencontres qui se font ou ne se font pas… Les rencontres sont toujours mystérieuses. Or, les scientifiques détestent les mystères, ils les prennent pour un échec personnel. Aussi, les scientifiques cherchent et défrichent sans cesse pour trouver la solution, l'explication à tous les phénomènes. Dernièrement, ils ont réussi à déflorer le mystère des rencontres. Ainsi, revenons, pour les besoins de la science, à l'homme et à sa passante, et immergeons-les dans une population de 60 millions d'habitants. Il y a 99 % de chance pour que ces deux personnes soient reliées par un intermédiaire (vous connaissez André, qui connaît Julie... qui connaît la passante). Il suffirait que ces deux intermédiaires invitent la passante et votre serviteur à la même soirée pour que la rencontre ait lieu. Étonnant non ? (L'homme compte sur tous ses amis et intermédiaires pour organiser rapidement une soirée avec la passante, merci par avance.) Étonnant, mais simplement mathématique, pour les scientifiques que rien n'étonne jamais. Chaque personne connaît au sens large 1000 personnes (amis d'enfances, commerçants, collègues, voisins..) qui, eux-mêmes, connaissent 1000 personnes, on est déjà à un millions de connexions, qui, elles-mêmes, connaissent 1000 personnes, et nous voilà à un milliards de connexions et ainsi de suite... Il suffit d'un nombre réduit de connexions pour rejoindre 2 personnes. Tenez, prenons un autre exemple : vous. Vous pensez à une personne tous les trois ans. Cinq minute plus tard, vous rencontrez cette personne. Vous n'en êtes pas devenu médium pour autant, désolé, c'est statistique. Les scientifiques ont calculé la probabilité de penser à une personne et d'apprendre sa mort dans les minutes qui suivent. (Ils sont gais, en plus, c’est un bonheur). Pour un individu, la probabilité est dite "très faible". Si on la multiplie par 60 millions d'habitants, elle se produit plus de 500 fois par an! Ce qui est exceptionnel à un niveau individuel est banal à grande échelle. Il n'empêche, statistiques et résultats n'y changeront rien, une rencontre sera toujours mystérieuse, surtout si la dite rencontre est jolie, légèrement vêtue et célibataire. En parlant de rencontre, attendant les belles passantes, l'homme a rencontré un auteur et un livre. S’il en est question ici, c'est qu'il s'agit d'un grand auteur et d'un grand livre, et il ne s'agit pas ici de la taille de l'écrivain ou des dimensions dudit livre. Il est rare de faire de belles rencontres et il en va suivant cette règle des gens comme des livres. Ces belles rencontres, si rares, vous laisse bouche bée, pantois, sous le choc. "Venin" de Saneh Sangsuk est de ces livres-là. Un petit livre, une longue nouvelle, écrit par un homme, un écrivain né en 1957 à Bangkok. L'histoire est simple. Un jeune garçon, paître et infirme, se retrouve dans une lutte à la vie, à la mort avec un cobra femelle. L'homme ne vous en dit pas plus, il n'y a d'ailleurs pas plus à en dire. Tout est écrit dans ces 74 pages. Ce venin est un délice qui, ligne après ligne, page après page, se distille dans le lecteur. Le lecteur qui se retrouve, lui aussi, comme paralysé par ce livre qu'il peut lâcher qu'à la dernière phrase : La plus terrible peut-être, car c’est celle qui ferme ce livre qu’on ne voudrait jamais voir finir, et celle qui nous en donne la terrible et lucide morale. Délicieux et sublime poison, ce venin est écrit d'une plume très maîtrisée, une écriture qui fait écho aux grands textes des Kipling et des Conrad. L'homme, vous l'aurez compris, ne saurait que trop vous conseiller de vous laisser contaminer par ce venin. L'hypothétique rencontre avec une belle passante, avec un grand livre, sera toujours, pour l'homme, une belle, une vraie raison de se lever le matin. Saneth Sangsuk. "Venin". ( Seuil ). |
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