MC
Solaar : "Cinquième As"
4 ans après son dernier "vrai" album
(le dernier étant un live, et l'avant-dernier sensé être le vol. 2 de
"Paradisiaque"), le Double A revient en force au niveau
médiatique, ça c'est sûr, il est partout. Pour ce qui est de l'album en
lui-même, c'est une autre histoire...
Tout commence par une "Introdiction"
plutôt électro dans laquelle sont samplées quelques phrases clé de
l'album. Les sons sont bons et annoncent un album efficace niveau
production. Le second morceau est le single annonciateur de l'album. Il
s'agit d'une épopée manichéenne où Solaar, après avoir dressé un
tableau pas très optimiste de la vie actuelle, affronte le mal. La prod,
avec sa guitare électro-saturée, est efficace. Un tube en puissance.
Puis vient "Lève-toi et rap", titre beaucoup plus léger, le
genre de titre où Solaar nous conte sa vie, plus particulièrement son
enfance. Cette fois l'instru est funk. Changement brutal... l'ambiance
devient froide, un piano inquiétant compose la trame principale...
"Les colonies" : tout est dans le titre, un peu long en outre.
Le soleil revient alors... "Hasta la vista", titre hispanico-rap
tant par l'instru que par les lyrics (le premier couplet est en espagnol).
Puis "La belle et le bad boy", histoire classique du couple qui
fait les 400 coups style Jonathan & Jennifer. "La la la,
la"... Chant de gosses, où le 102ème dalmatien nous parle de tout
et de rien, délire du stylo, à l'instar de "Tournicoti",
démonstration du vrai talent de l'auteur à jouer avec les mots. L'instru
sonne bizarrement, fait de choeurs d'enfants et de cris d'animaux de la
jungle, mais passe encore. "Arkansas" parle des enfants de la
violence (gangs, guerres...), sorte d'interlude à la "Les
Songes". Le titre suivant est probablement le plus décevant de cet
album : sucré à la contemporary R&B, Solaar donne dans le Stomy
Bugsy Gangster d'Amour ! Bref, rien à voir avec un "Caroline"
d'antan. "Dégâts Collatéraux", constat social sur les
ghettos, solaarien comme on aime. "RMI", downtempo 2step, ne
colle pas du tout avec les paroles. "C'est ça qu'les gens
veulent", hip-hop festif qui redonne la pêche, avec les scratches
qui vont bien. On passera sur "L'aigle ne chasse pas les
mouches", rien à dire. "Hiphopaloorap", on se demande bien
ce que ce titre vient faire ici, sans intérêt. Rien à dire non plus
concernant "Cinquième As", ego-trip comme il se doit. "Playmate",
mise en garde contre les "playboys". L'instru de "L'homme
qui voulait trois milliards" tient la route... jusqu'au refrain, où
l'on croirait entendre un générique de jeu TV, ce qui va d'ailleurs bien
avec le titre, mais qui n'empêche pas d'être ridicule. "Si je meurs
ce soir" fait musicalement penser au "Keur Sambo" de Passi
et Stomy Bugsy, mais n'a pourtant rien à voir en ce qui concerne le sens.
On découvre ici un titre plutôt déprimant, featuring un nouveau venu
sur la scène française "overground" : Black Jack. La piste
"cachée" raconte des histoires de banc de cité, l'instru tient
la route, tout comme les paroles.
Cet album marque la fin d'une ère pour MC Solaar,
maintenant que Zdar et Boom Bass ont formé leur duo Cassius et se
consacrent pleinement à leur musique électronique. Jusqu'à présent ils
étaient toujours intervenus sur les albums d'MC Solaar, et la fin de
cette collaboration n'est pas un bien. Car même si les albums
précédents d'MC Solaar ne sont pas toujours appréciables à la
première écoute, la qualité de l'instrumentation est incontestable. Les
petits nouveaux partent un peu dans tous les sens. Cet album est
éclectique certes, mais il l'est trop, car il manque une certaine
homogénéité à l'ensemble. Ce qui peut faire penser au deuxième album
de Passi, "Genèse". Impression mitigée, donc.
MC Solaar, "Cinquième As", 2001. |
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