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Zend Avesta : "Organique"

 
 Arnaud Rebotini est, semble-t-il (je ne le connaissais pas avant) , un vieux de la vieille de la scène techno-house française. Lassé (ah, lui aussi ?) de la tournure de ce courant plus intéressé par les paillettes et le strass que par la musique, il décide, avec cet album de sortir des sentiers battus et de nous offrir un superbe album à la croisée des chemins entre la house, la pop, le jazz, la musique concrète,… Étonnant !

Tout commence par trois notes de guitare sèche. D’entrée, c’est le choc, climat étrange, répétitif et musique clairement acoustique (violons, clarinettes, …). " Ich Will Dir Helfen " se présente comme le meilleur single de House de l’année ! Construit autour d’un riff hypnotique de clavecin ( ?), un allemand se prenant pour un chanteur d’opéra répète à qui veut l’entendre qu’ ‘Il veut nous aider’… Étrange et intriguant.

" A la manière ", nous permet d’apprécier la superbe et dramatique voix de Roya Arab. L’intensité du chant est littéralement transporté par l’accompagnement des violons.

S’ensuit un morceau de jazz, porté par un motif mélodique joué par des cuivres alors qu’il s’inscrit clairement dans la lignée des rythmiques soul-funk 70’s à la Isaac Hayes habituellement portés par des violons. Décidément, Cet homme aime brouiller les pistes…

C’est Mona Soyoc, qui prend la relève pour nous confirmer que cet album est un disque de voix. " Aspiration " est un belle chanson (et une belle mélodie !) et Mona la porte superbement. Une autre chanteuse fait son apparition à savoir Haldis Huld pour enlever " One Of These Days " (rien à voir avec Pink Floyd ! ! !), le tout accompagné par des clarinettes et des violons.

" Théorème " se rapproche le plus de ce que l’on attendait d’un morceau de house. Rythmique électronique, boucles, tout y est, et pourtant, on doit bien reconnaître que le mélange opérant ici est unique. Est-ce du à la basse jazzy en solo sur le break ?

C’est alors que Bashung fait son apparition dans un morceau complètement écrit autour de sa voix, avec pour textes un poème Jean Tardieu. " Mortel Battement / Nocturne " est un écrin de soie pour Alain, qui dit le texte plus qu’il ne le chante… Jusqu’à une fin apocalyptique tout en guitares stridentes, climax de l’album. " Le silence est un tonnerre lointain / Toute défaite aimant triomphe ".

Après la tempête, le calme. " Organique " est une plage ambiant toute en douceur. Puis Mona nous revient avec un incroyable " The Watcher ", dont l’intensité dramatique me fait penser à la bande originale d’un James Bond. " Qu’est-ce qui m’a pris " est une ballade incertaine, doucement chantée par Philippe Poirier, qui rappelle beaucoup certaines chansons du dernier Bashung, justement.

On se terminera par un étrange (décidément..) " XR 116 / Messe Rouge ", qui débute en musique concrète, continue en house concrète (ça existe, ça ?) pour se terminer (en morceau caché) en folk concret (picking à la guitare)… Hein, ma description ne veut rien dire ? Hum… Écoutez le morceau et puis on reparle, hein ?

Ce disque est tout bonnement emballant, pour sa liberté et son originalité. Impossible à décrire (oui, vous avez vu, bon, ça va…), à moitié instrumental (on notera la présence du guitariste de Kat Onoma), à moitié chanté (des voix magnifiques dont une ex de Archive), à moitié acoustique, à moitié électronique, il est 100 % réussi. A découvrir absolument ! ! ! ! !

A écouter :

  • Bjork : Les rapports paraissent peu évidents et pourtant ils partagent la même liberté et la même capacité à mélanger instruments acoustiques et boucles électroniques. Un certaine vision de la modernité…
  • Zappa : un autre grand mixeur de styles (et lui aussi grand amateur de musique concrète).
  • Amon Tobin : une autre approche de la musique électronique. Un autre grand disque. 

     

Zend Avesta, "Organique", 2000.

 

 
 

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