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Elliott Smith : "Figure 8"

 
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 Qu’attendre d’un nouveau disque d’Elliott Smith ?

C’est toujours la même chose, il ne sait faire qu’un seul type de chanson. On dirait toujours les Beatles. Les textes ne parlent que de filles, et de rien d’autre. En plus, le batteur est nul et tape comme un sourd. Et puis tu parles de " manque d’urgence " pour le dernier " Neil Young ", elle est où l’urgence chez Elliott Smith ? Et puis surtout, il se sape vraiment comme un plouc de ricain qu’il est.

Certes, certes… Vous n’avez pas tort (sauf à propos de sa façon de s’habiller qui dénote un certain style. Il n’est pas en effet donné à tout le monde de porter le bonnet de laine en plein été alors qu’il fait 32° à l’ombre. Quant à ses T-shirt, je connais de nombreux fans de Nirvana qui donnerait leur mère pour en posséder un).

Toutefois, toutefois… Rappelez-vous l’émerveillement qui vous a gagné lorsque de la première écoute de " Either/Or ". Est-ce que vous n’avez pas cru que les Beatles s’étaient reformés en écoutant la première chanson de " XO " ? Bien, je vous demande donc votre indulgence afin d’écouter ce que la défense a à déclarer.

Les premières notes de " Son Of Sam " résonnent et le silence se fait dans la salle. Mélodie ‘catchy’ et imparable. Mais surtout, kolossale innovation : des guitares saturées ! ! ! Old style, certes, mais ça surprend !  La nature reprend ses droits sur le morceau suivant, tout en légères articulations acoustiques.

La rythmique prend le dessus sur " L.A. ", avec son superbe riff en ‘notes bloquées’, très efficace (non, ne vous inquiétez pas, on n’est pas chez Hendrix quand même, le spécialiste du genre).

Il est vrai que les thèmes sont toujours les mêmes : l’amour perdu,

toujours en termes délicats et bien choisis : " Somebody I Used To Know ", " Everything Reminds Me Of Her ".

Comme toujours, certaines paroles se gravent instantanément dans le cortex : " It’s all about taking the easy way out for you i suppose ", " What i used to be will pass away, and then we’ll see / All i want now, is happiness for you and me " . Et plane la mélancolie. Pour faire place au silence : " Better Be Quiet Now ", ", " I have become a silent movie / Cant’ make a sound ".

On dirait qu’on prend les mêmes et on recommence. Pourtant, on a entendu des choses inhabituelles : des guitares saturées, un batteur digne de ce nom qui n’écrase pas la rythmique, des arrangements nouveaux. Une mini-révolution à l’échelle d’un chanteur parfois monolithique dans ses choix artistiques.

La chanson " Everything Means Nothing To Me " est représentative de l’évolution en marche. Constituée quasi-uniquement par la répétition lancinante de la phrase titre et accompagnée d’une belle orchestration, elle se situe complètement à part dans sa discographie. Parlons aussi de " By ", le morceau final, petite pièce classique au piano, mystérieuse et apaisante. Au contraire, " Stupidy Tries ", " Color Bars " poussent les arrangements classiquement " Elliot Smithien " jusqu’au sublime.

La " Figure 8 " est une manœuvre que répète inlassablement les skaters afin d’atteindre la perfection sur cette figure imposée. Comme eux, Elliott répète les mêmes formules à l’infini en les améliorant peu à peu afin d’atteindre la perfection.

Quoi qu’en dise les aigris, il s’agit d’un très bon album, largement à la hauteur de " XO " et surtout bien moins monochrome.

Verdict : le plaignant retire la plainte, l’accusé est acquitté et applaudissement dans la salle. Le jugement fera jurisprudence.

A écouter :

Elliott Smith, "Figure 8", 2000, UNI/Dreamworks Records.

 

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